Le président de l’association Sinople interrogé par "Régions & Peuples Solidaires"
Régions & Peuples Solidaires : depuis octobre 2004, tu es le président de l’association Sinople. Dans quelles conditions est née cette association et quels en sont les buts principaux ?
- Sébastien Leplaideur : Cette association est née d’un constat simple : pour la majorité des citoyens, y compris des militants politiques, des syndicalistes ou des associatifs, l’Europe, ça se passe à Bruxelles, et les débats qui secouent les instances européennes restent des affaires de spécialistes. Cet état de fait est renforcé par l’irresponsabilité de la classe politique française qui a passé les 25 dernières années à mettre toutes les réformes impopulaires sur le dos de l’Europe, et à récupérer à son profit les bonnes choses faites par l’Europe.
Le but de Sinople est donc simple : faire sortir l’Europe des instances bruxelloises, relayer les débats européens à l’échelle nationale, mais aussi régionale, voire très locale ; dans l’autre sens, faire remonter vers nos parlementaires européens les demandes, les questions, les inquiétudes des citoyens ou des élus locaux. La directive Bolkenstein est un très bon exemple, tout comme la non application de Natura 2000 par la France, ce qui a des conséquences très locales… Bref, comme le dit notre slogan : « pour que l’Europe devienne l’affaire de tous » ! Il serait temps, quand on sait que 70 % de la législation qui passe à l’Assemblée Nationale est d’origine européenne…
RPS : Comment l’association fonctionne-t-elle sur le terrain ? (Présentation équipe, lieu, activités…)
SL : Nous avons un staff de 4 permanents (une chargée des questions environnementales, une chargée des questions sociales et sociétales, un chargé des questions régionales, un chargé de communication), tous jeunes et compétents, plus un coordinateur d’équipe. Nos bureaux sont dans l’antenne du Parlement européen à Paris (tel : 01 47 53 76 76), mais les membres de l’équipe se déplacent très souvent dans les régions ou en Europe pour participer à des débats ou proposer un appui à certains projets.
Ainsi, par exemple, nous apportons un soutien technique et politique aux personnes qui, dans leur région ou dans leur ville, souhaitent organiser des débats sur un aspect ou un autre de la politique européenne. Nous essayons également, grâce à des notes synthétiques très simples, de mettre à la portée du plus grand nombre les problématiques européennes. Nous allons lancer un bulletin électronique bimensuel, un Cahier semestriel pour faire le tour d’une question de manière approfondie…
RPS : Quels sont les rapports de Sinople avec les parlementaires Verts européens et français ?
SL : Les eurodéputés Verts financent à 100% notre association, et sont les membres exclusifs (en plus du bureau) du Conseil d’administration : nous travaillons donc très étroitement avec eux pour définir nos axes de travail, nos priorités… Ils ont tous conscience de l’urgence qu’il y a à réduire cet écart entre la réalité d’une Europe politique qui bouge, d’une part, et le sentiment légitime des citoyens d’être laissés sur le bord de la route, d’autre part. Mais pour éviter d’être trop « aspirés » par le côté institutionnel de l’Europe, Sinople définit aussi ses priorités en fonction de l’actualité en France ou dans telle ou telle région, en partenariat étroit avec le Collège Exécutif des Verts.
RPS : Quels sont les rapports de Sinople avec les mouvements « régionalistes » ?
SL : Les eurodéputés Verts et Régionalistes sont dans le même groupe politique au Parlement européen depuis deux législatures : pour Sinople il s’agit de décliner cette alliance politique continentale à l’échelle des régions françaises, pour faire vivre ce partenariat qui n’est pas simplement de façade, mais fondé sur une vraie analyse commune de l’Europe : une Europe Fédérale qui s’appuie sur des Régions fortes, reconnues comme interlocuteurs à part entière.
Construire l’Europe fédérale, ce n’est pas construire un super-État européen qui viendrait se substituer au centralisme de l’État-Nation : c’est au contraire apprendre à gérer différents échelons politiques, identitaires culturels… Ainsi, en discutant avec un Américain, je peux me sentir Européen ; avec un Finlandais, Français ; avec un Catalan ou un un ressortissant de Bavière, Bourguignon ou Basque… Et avec un Nîmois, Montpelliérain ! Il faut en finir avec les identités univoques : l’Europe doit permettre cette émancipation de l’horizon purement hexagonal qu’on nous enseigne depuis deux siècles !
RPS : Quel est le parcours professionnel et militant qui t’a amené à la présidence de l’association Sinople ?
SL : La raison première de mon engagement chez les Verts, en 1998, a été la dimension clairement européenne, fédéraliste, du programme politique écologiste. J’ai eu la chance de travailler au Parlement européen, comme assistant parlementaire puis comme coordinateur des eurodéputés Verts français, lors de la précédente mandature, mais je me suis toujours plus intéressé à la manière dont les citoyens pouvaient s’approprier l’Europe, ses débats, son avenir, qu’à la technicité des dossiers. C’est ce travail de vulgarisation, de débat citoyen que Sinople cherche à mettre en place, et c’est sans doute pour cela que les eurodéputés m’ont proposé de travailler avec eux…
RPS : Un souhait pour Sinople dans les années à venir ?
SL : Que son slogan, « Pour que l’Europe devienne l’affaire de tous », devienne enfin une réalité plus tangible !
- Philippe Sour
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