Migrations et réfugiés climatiques
Avec le réchauffement climatique, la question des migrations change de nature. Il ne peut être question de retour dans un pays qui n’existe plus. 25 millions de personnes fuient déjà leurs terres touchées, par la désertification, la montée des eaux, la sécheresse, les changements de température, la dégradation des ressources naturelles. Un rapport des Nations Unies de 2005 prévoit 50 millions de "réfugiés écologiques" à l’horizon 2010 et plusieurs centaines de millions au milieu du XXIème siècle. Doit-on définir un statut pour ces personnes forcées au déplacement ? Comment revoir l’exercice du droit d’asile ? Quelles solidarités internationales faut-il mettre en place pour venir en aide à ces personnes ? Quelles responsabilités établir ?
Discussion animée par Patrick Farbiaz, membre du Collège exécutif, délégué aux relations internationales et à l’altermondialisation, et Hélène Flautre, députée européenne Verte, présidente de la sous-commission des Droits de l’Homme du Parlement Européen.
Avec Fadimata-Bintou Touré-Diallo, présidente du Parti Ecologiste du Mali ; Anne Chetaille, chargée de mission au GRET (Groupe de Recherche et d’Echanges Technologiques) ; Donatien Garnier, rédacteur au Collectif Argos ; Fanny Héro, de l’association Alofa Tuvalu ; Patrick Gonin, professeur de géographie à l’Université de Poitiers
1. Sur les impacts du changement climatique
* On connaît la nature des impacts du réchauffement de la planète mais il est difficile de les évaluer et les anticiper avec précision étant donné l’accélération du processus. C’est là que réside la grande zone d’incertitude actuelle. On sait cependant que les aléas extrêmes vont augmenter. Le changement climatique est un amplificateur d’inégalités.
* Les impacts sont divers et plus ou moins diffus et violents. Ils sont de deux ordres
- Impacts sur les systèmes écologiques (ex : ressources en eau, agriculture…). Cela entraînera des conséquences en terme de sécurité alimentaire et de conditions sanitaires comme le développement de certaines maladies (palu…)
- Impacts socio-économiques et culturels : Par ex., les migrations liées au changement climatique pourraient générer des atteintes à l’ethno-diversité de la planète : risque de perte d’identité de certains peuples, disparition d’Etats …
* Face à cette réalité, deux possibilités pour les populations touchées
- S’adapter : mieux gérer les ressources en eau, envisager de nouvelles variétés agricoles (ex au Bangladesh avec les élevages de crevettes), construire des digues…
- Migrer : 16 villes sont directement concernées. D’autre part, l’exode rural forcé pourrait s’accélérer. Où iront les migrants ?
2. Sur les migrations
* Les déterminants des migrations sont multiples et complexes. C’est un faisceau de raisons imbriquées qui mène au départ et non une cause unique.
* Il y a aujourd’hui environ 200 millions de migrants dans le monde (dont 20 millions très qualifiés) cela représente +/- 3% de la population mondiale. Les flux se répartissent de manière équivalente en flux Sud/Sud et flux Sud/Nord. A noter : Il s’agit là des migrants ayant franchi une frontière. Pas de prise en compte des déplacés internes. Les estimations montrent qu’en 2050, les réfugiés climatiques seront aussi nombreux que les migrants actuels (soit 200 millions).
* Les sommes d’argent envoyées par les immigrés dans leur pays d’origine et sur lesquelles les Etats et les banques ont encore peu de prise. Ils représenteraient +/- 200 milliards $ (2e rang des échanges commerciaux après les transactions liées aux hydrocarbures)
* La nature et le contenu des migrations internationales vont être bouleversés. Même si les chiffres relatifs aux réfugiés climatiques sont discutables, il y a une certitude : ils augmentent et la tendance va s’amplifier.
3. Sur la question du statut juridique : organiser la protection
* Arguments contre :
- Il vaut mieux se focaliser sur la réduction des gaz à effets de serre, la question du statut est trop lointaine.
- Il y a un risque d’enferment spatial et social dans la catégorisation juridique.
- Mettre en place un traitement spécifique aux réfugiés climatiques risque de se faire au détriment de la coopération et de la solidarité internationale dans ce domaine.
- Risque de protection au rabais, sans droits.
* Arguments favorables :
- Réduire les émissions de gaz à effet de serre n’est pas suffisant. Il faudrait un outil pour gérer les migrations et soutenir les populations affectées qui subissent des atteintes à leurs droits fondamentaux.
- Un problème non nommé a peu d’existence politique. Il semble difficile de contraindre la communauté internationale et les Etats à réagir sans instrument juridique contraignant (aucune réponse en termes de droits actuellement).
- Aujourd’hui, le dispositif humanitaire est déjà la seule réponse aux catastrophes écologiques. Il faudrait engager la responsabilité des Etats développés.
- Comment organiser cette protection ?
o Il semble difficile d’élargir la Conv. de Genève qui met en œuvre une protection individuelle alors que les migrations climatiques sont plutôt groupales.
o Il faudrait réfléchir à une protection spécifique et collective qui sera temporaire ou définitive sans être une protection « au rabais » par rapport au droit d’asile.
4. Sur les cas particuliers régionaux abordés
* Tuvalu :
- Les accords migratoires de la Nouvelle Zélande ne font pas référence aux effets du changement climatique qui vont affecter Tuvalu. Il s’agit d’accords par le travail. 75 pers/an étaient concernées à l’origine. Ce chiffre a été ramené à 35 pers/an.
* Sahel :
- Dans cette région on observe une imbrication entre le caractère traditionnel et culturel de la migration comme rite d’apprentissage (partir pour revenir..) et la migration plus ou moins forcée et définitive, liée au réchauffement climatique et à la désertification.
- Les peuples nomades (et traditionnellement éleveurs) du Nord descendent plus bas en période sèche et ont tendance à se sédentariser. Cela peut générer des conflits fonciers.
* Bangladesh :
- On observe une dégradation de l’environnement visible à échelle humaine : pollution par salinisation, perte de territoire. Les stratégies d’adaptation sont favorisées mais on arrive à une limite. Les bangladais se rendent de + en + vers Dacca, ville elle-même menacée. L’exode dans les pays limitrophes semble également compromis pour des raisons politiques et environnementales (problématique régionale).
5. Sur les réponses à apporter : Il faut une approche globale de prévention et de protection.
* Réduire les gaz à effets de serre * Soutenir les stratégies d’adaptation des populations touchées * Développer la coopération décentralisée, en particulier en intégrant la contrainte climatique dans les projets de coopération (cela commence à se faire) * Développer la coopération internationale pour accueillir ces migrants. (Où iront ils ??) * Développer la recherche sur les migrations climatiques * Organiser une protection juridique (cf point 3) * Question de la réinstallation et de la réparation
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