Raül Romeva i Rueda
Son parcours personnel/militant
Peux-tu te présenter, et présenter ton parcours ?
Je suis membre d’un parti vert catalan qui s’appelle Initiative Verte Catalogne. Je suis le seul député qui a été élu dans cette législature depuis 2004, et évidemment membre du groupe des Verts au Parlement européen. C’est en fait la 1ère fois que je suis élu. Avant je travaillais aux Nations Unies et à l’université autonome de Barcelone comme professeur de relations internationales. Donc c’est une toute première expérience politique qui me plaît beaucoup, et qui est complément différente de ce que j’ai fait avant.
Ici au Parlement européen je suis vice-président de la Commission de la femme et de l’égalité des genres, membre de la commission des Affaires étrangères, coordinateur des Verts pour la sous-commission des droits de l’homme, membre de la commission de Sécurité et Défense et membre de la Commission de pêche. Je suis également vice-président de la délégation Union européenne et Amérique centrale et de la délégation UE-Mexique. Enfin, je suis membre de différents inter-groupes. Par exemple, je suis vice-président de l’inter-groupe pour les droits des gays et lesbiens, bisexuels et transexuels, vice-président de l’intergroupe pour la paix pour les peuples sahraouis, membre de l’intergroupe de soutien au Tibet, et d’autres. Je suis très focalisé sur les questions de droits de l’homme et de désarmement, comme principe général. C’est un peu le cadre de ce que j’essaie de développer dans mon travail.
Vas-tu te présenter aux prochaines élections européennes ?
C’est encore tôt pour dire. Il nous reste encore 2 ans de mandat et beaucoup de choses peuvent arriver. Je crois que faire 2 mandats, c’est-à-dire 10 ans, c’est une période de temps qui te permet d’avoir un certain succès. C’est important de consolider un peu le travail qu’on vient de faire. Avec un 1er mandat, le problème c’est que tu as besoin de temps pour t’habituer, pour apprendre, pour connaître les mécanismes, pour savoir jusqu’où tu peux arriver et ce que tu peux faire… J’ai consacré beaucoup de temps à apprendre. Donc ça veut dire qu’un 2e mandat me permettrait aussi de concrétiser un peu plus et un peu mieux certaines des initiatives que je viens de commencer dans ce mandat. Mais en tout cas la décision n’est pas prise encore. Mon intention a priori serait de recommencer. Mais il y a évidemment la nécessité d’être choisi, il faut être élu dans le parti, et après il faut être élu dans les élections, donc c’est pas évident.

As-tu eu d’autres mandats ?
Je n’ai jamais eu d’autres mandats politiques. Je suis entré en 1989 dans le parti. En 1989 a été créée en Catalogne une coalition de partis tout à fait hétérogène, des mouvements qui venaient des mouvements écologistes, pacifistes ou syndicalistes, et tradionnellement des mouvements de gauche, même de la gauche communiste. Il y a eu un processus de redéfinition de l’espace politique à la gauche du parti socialiste, avec même des gens qui venaient des mouvements féministes et plus généralement d’autres qui n’étaient pas membres d’un parti formel, et qui étaient invités à rejoindre cet espace, cette initiative. C’est pour ça que ça a été créé avec le nom d’Initiative. Je fais parti des gens qui ont rejoint cet espace nouveau en 1989.
Depuis, j’étais simplement militant de base : je participais aux réunions, je donnais mon avis politique sur des sujets qui m’intéressent, et c’est tout. Jusqu’au moment où en 2004 on me suggère de devenir la tête de liste pour les élections européennes. C’est la 1ère fois que je fais un choix institutionnel. Jamais avant je n’avais été élu. J’avais été membre dans certaines listes, mais simplement pour apporter mon soutien au candidat, jamais pour être moi-même élu.
Est-ce j’aurais choisi d’être par exemple élu au niveau local ? Ca m’intéresse, c’est vrai, mais ce qui m’intéresse le plus c’est la dimension européenne et surtout la dimension internationale. Moi j’ai une conscience universelle du monde, j’ai toujours travaillé sur des questions qui sont transversales au niveau mondial, qui ont à voir avec les droits de l’homme, avec le désarmement, avec le développement, et qui ont à voir plutôt avec la dimension globale, universelle, mondiale. C’est pour ça que le fait de devenir parlementaire européen était très intéressant de ce point de vue. Ca ne veut pas dire que tu ne peux pas jouer ce rôle au niveau local ou au niveau national ou au niveau d’un Etat membre. Mais le fait qu’on me propose de devenir parlementaire européen, dans ce sens, était un plus, pour continuer le travail que je faisais déjà à l’Université, dans les ONG, avec OXFAM avec laquelle j’ai beaucoup travaillé dans le passé et même avec les Nations Unies au sein desquelles j’ai travaillé pendant un certain nombre d’années.
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Son parti Vert
Peux-tu nous présenter ton parti ?
Il y a 2 partis dans mon parti qui d’habitude ne sont pas dans les partis verts. D’abord c’est un parti national Catalan, mais qui n’a pas une dimension d’Etat, c’est-à-dire que c’est un parti qui est consacré à la région catalane qui est autonome. L’Espagne n’est pas un Etat fédéral mais il y a certaines régions en Espagne qui ont un statut d’autonomie qui est assez fort. C’est le cas de la Catalogne. En Catalogne, on a un système politique qui est assez particulier, avec des partis propres mais qui ont des accords et des coalitions avec des partis qui ont une dimension nationale [au niveau de l’Etat]. C’est le cas de mon parti. Mon parti c’est un parti qu’on appelle éco-socialiste, c’est-à-dire qu’on joint le principe écolo avec les principes de gauche, comme l’égalité sociale, et on a un accord avec les forces progressistes du reste de l’Espagne : la confédération des Verts au niveau espagnol, Izquierda Unida (la gauche unie) qui a une base sociale assez proche à celle que nous avons, des mouvements sociaux, des mouvements écolo qui ne sont pas nécessairement devenus partis mais qui ont un travail politique assez important. On essaie tout le temps de surmonter les dimensions régionales catalanes au moyen d’un travail au niveau de l’Etat. Ca c’est peut-être une première particularité qu’il y a dans notre parti, au niveau de la politique interne espagnole et de la politique européenne, parce que c’est vrai qu’en règle générale, les partis qui ont une dimension nationale [au niveau de l’Etat-nation]. Ce qui n’est pas le cas chez nous. Et la deuxième particularité, c’est qu’il s’agit d’un parti né de la somme de différents courants. En Espagne, on a eu 40 ans de dictature, qui ont beaucoup marqué la vie politique. Pendant le franquisme, l’opposition politique s’est organisée autour d’un mouvement socialiste de gauche mais européen. La tendance alors était de concentrer toutes les forces progressistes dans un espace très large mais en même temps très uni face au franquisme. Une fois Franco mort, survient une situation de dispersion des partis politiques qui fait que chacun prend sa spécificité : les écolos d’un côté, les syndicalistes de l’autre, des mouvements pacifistes… Et aujourd’hui on revient à une nécessité d’unifier le travail politique de beaucoup de ces mouvements. On est en train de mettre ensemble certaines tendances qui au niveau des principes sont très conciliables pour faire un espace qui soit plus fort et qui puisse ainsi faire un peu le contrepoids face à la droite conservatrice qui porte une conception très centrée sur la notion de « développement du progrès », en considérant que le progrès est basé sur la construction d’une autoroute, sur la construction d’industries… On s’oppose à cette façon de concevoir les choses.
Aujourd’hui, la situation est relativement bonne. On est la cinquième force dans le parlement catalan, avec 11 députés ; ce qui nous permet d’avoir deux ministres dans le gouvernement de coalition qu’on a en Catalogne. Au niveau du parlement espagnol, on a deux élus, dans une situation où le parti majoritaire qui est le parti socialiste n’a pas la majorité absolue, donc a besoin de nous pour faire passer certaines lois ; ce qui nous donne une certaine visibilité mais aussi capacité de peser sur certains messages. Et au niveau européen, on a un élu qui travaille avec d’autres élus au niveau de l’Etat espagnol, David Hammerstein qui est élu avec la liste socialiste mais qui est aussi dans le groupe des Verts.
C’est une situation qui nous permet d’avoir une moyenne entre les 7% et les 10, 11, parfois 12% dans certaines élections des scores ; ce qui nous donne une situation assez commode pour travailler.

Comment fonctionne ton parti ?
On a un système classique : l’assemblée est souveraine, c’est le corps de prise de décision le plus important où se décide la stratégie du parti, d’alliances, les principes et les programmes. Tout ce qui a à voir avec la structure du parti c’est l’assemblée.
Ensuite, on a ce qu’on appelle le Conseil national. Le Conseil national, c’est un corps d’une centaine de personnes qui se réunit tous les 3 mois pour décider la dynamique plus quotidienne et les choses qui doivent être décidées avec une périodicité un peu plus fréquente que celle que nous permet l’assemblée.
Et finalement on a un petit organe qui s’appelle le secrétariat politique. Le secrétariat politique se réunit une fois par semaine pour décider les questions les plus urgentes. C’est un corps qui réunit une quarantaine de personnes et qui se réunit chaque lundi matin pour faire un peu le compte rendu de la politique quotidienne.
A part ça, on a un système présidentiel, donc on a un président, avec 4 vice-présidences. Les vice-présidences sont paritaires, c’est-à-dire 2 hommes et 2 femmes. Pour la présidence, c’est une présidence uni-personnelle. Je suis personnellement en faveur d’une co-présidence paritaire, mais c’est un débat qui est encore ouvert dans mon parti qui n’est pas encore gagné.
Normalement, dans le secrétariat politique, on a une représentation de tous les membres qui sont élus. Donc moi comme seul élu au Parlement européen, je suis membre du secrétariat. Il y a évidemment les élus au parlement espagnol, les membres du gouvernement catalan qui sont les cadres les plus importants qu’on a, certains élus au parlement catalan aussi, et certains élus au niveau local. Nous on a 500 élus locaux, donc 5 maires. Par conséquent certains de ces élus sont membres de manière représentative. Evidemment les 2 coordinateurs de la jeunesse du parti sont également membres du secrétariat.
Chacun vient d’une histoire politique différente, donc a des priorités différentes. Il faut faire collaborer des gens qui viennent du mouvement pacifiste, des gens qui viennent du mouvement féministe, du mouvement syndicaliste, etc. Il faut toujours trouver des équilibres qui puissent rassembler toutes ces tendances. Mais je dois dire que nous n’avons plus de frictions au niveau idéologique depuis longtemps. Il y a des frictions disons organiques, dans le sens où il faut choisir quel genre de campagne on doit faire, si on doit mettre la priorité sur un sujet ou sur l’autre, etc. Parfois il y a des désaccords, et donc on doit faire un débat. Par exemple, le dernier débat qu’on a eu qui a eu une certaine importance, c’était pour choisir s’il on votait pour ou contre le Traité sur la Constitution européenne. On a fait un référendum interne. Il y a une position qui a gagné, et donc on a suivi cette ligne politique. Dans ce genre de situations, on fait un débat et on fait un référendum. Mais normalement, on trouve une position consensuelle.
Combien d’adhérents y a-t-il dans ton parti ?
J’espère ne pas me tromper, mais je dirais autour de 6000.
Ce sont les adhérents qui élisent le Président ?
Oui. En fait, on a un double système de votes : les adhérents et les sympathisants. Tu peux participer dans les débats internes en tant que membre « cotisant », adhérent, qui paie la cotisation, ou tu peux aussi devenir sympathisant : tu ne paies pas la cotisation mais tu peux participer dans les débats. Dans ce dernier cas, il y a certaines décisions pour lesquelles tu peux voter, et d’autres où tu ne peux pas voter. Mais dans ce cas là, même les sympathisants peuvent voter pour les élections des présidents.
Es-tu présent dans ta circonscription ?
Concilier le travail de circonscription et celui du Parlement européen, c’est le problème qu’ont tous les députés ici. Personnellement je considère que mon mandat c’est d’abord un mandat européen, mais aussi un mandat de représentant d’un territoire au Parlement européen. Je suis élu ici pour travailler pour les valeurs européennes mais aussi pour défendre les intérêts de la communauté qui m’a élu pour devenir député européen. Donc il faut que je partage, il faut que je fasse un peu un aller-retour hebdomadaire. Lundi matin, je participe aux réunions du parti. Lundi soir, j’arrive au Parlement européen, soit à Bruxelles soit à Strasbourg, et je reste ici normalement jusqu’à jeudi matin ou jeudi soir. Ca dépend du travail ici ou du travail dans la circonscription. Normalement jeudi soir, vendredi et les week-ends je suis dans ma circonscription où je fais plus du travail de terrain, de rencontres avec les gens qui veulent faire monter leur préoccupations jusqu’ici. Donc c’est toujours un travail très important.
Quelle est la place des questions européennes au sein de ton parti ?
Mon parti est pro-européen. C’est un parti qui a toujours crû dans la construction européenne, qui a toujours pensé que la construction européenne était nécessaire. Le problème que nous sommes aujourd’hui dans une situation de questionnement sur la nature de la construction européenne. Il y a des choses qu’au niveau institutionnel on ne discute pas, et il y a des choses qu’au niveau idéologique il nous semble indispensable de discuter. Au niveau institutionnel, on est pour plus de pouvoir pour le Parlement européen, pour un transfert des pouvoirs des Etats membres vers l’Union européenne. Mais le débat est plutôt idéologique sur le rôle de l’Union européenne, entre une tendance plutôt néolibérale et une tendance qui privilégie le modèle social…
Mais je dois dire, et ça ce n’est pas seulement un problème de mon parti mais un problème général qui traverse tous les partis, il y a encore une tendance à considérer le débat au niveau européen comme un débat secondaire. Dans mon parti, on se concentre surtout au niveau national, c’est-à-dire catalan, puis au niveau de l’Etat, c’est-à-dire au niveau évidemment espagnol. On abandonne parfois la dimension européenne. C’est un problème qu’on peut trouver dans d’autres partis verts. Donc il faut travailler encore pour montrer que le débat européen s’est aussi et surtout un débat qui affecte les Etats, et évidemment des régions comme la Catalogne, des nations comme la Catalogne. Donc c’est toujours une bataille, et c’est une bataille interne que je dois gérer dans mon parti aussi.

Son activité au Parlement européen
A ce stade de ton mandat, quel bilan tires-tu ?
Evidemment le travail ici est très complexe. On a maintenant 785 députés, et on est aujourd’hui le 6ème groupe ; ce qui rend difficile de réussir à avoir des résultats, des succès. Mais personnellement je dois dire qu’il y a au moins 2 sujets sur lesquels je suis fière d’avoir réussi. D’abord la question du contrôle des armes, et plutôt du contrôle des exportations d’armements. J’ai poussé certaines résolutions et certains rapports concernant la nécessité de renforcer le système, le cadre de contrôle des exportations d’armes européennes, et notamment des armes qu’on traite comme étant des armes légères. Le 2ème sujet concerne l’égalité entre hommes et femmes. J’ai beaucoup travaillé sur les questions d’égalité et surtout sur les droits des femmes. J’ai mis dans certaines résolutions des aspects concrets qui touchent à l’égalité. Depuis 2005, je mène une bataille pour lutter contre les assassinats de femmes, notamment au Mexique et en Amérique centrale. Donc si je devais choisir 2 lignes de travail sur lesquels je me suis impliqué davantage, ce serait ces deux là. Je pourrais en ajouter une troisième qui concerne plus le domaine environnemental. J’ai ainsi travaillé sur la question de la pêche et notamment la pêche du thon. Le travail de lobby qu’on a fait entre les groupes politiques, dans la commission pêche et avec la Commission [européenne] a eu un petit résultat puisque la pêcherie du thon rouge de l’atlantique nord et la méditerranée a été fermée. C’est évident que c’est une situation beaucoup plus complexe et beaucoup plus vaste, mais malgré tout sur laquelle la groupe on a eu un succès notable.
Il y a une question sur laquelle on a beaucoup travaillé avec je crois un certain succès, c’est celle du droit de la communauté LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres). Même si la majorité du Parlement européenne est très conservatrice, quand on a discuté de cette question des droits et des libertés sexuelles, on a réussi à avoir des condamnations contre les attitudes homophobes, en faveur de la reconnaissance d’une journée internationale contre l’homophobie et contre certaines discriminations qu’a subit la communauté homosexuelle en Europe et en dehors de l’Europe. Donc je considère cela comme un petit succès.
Par contre, il y a toujours des problèmes quand on discute par exemple ce qu’on appelle par exemple les droits reproductifs. La majorité conservatrice du Parlement est toujours virulente contre ce type de droits, que ce soit le droit d’avortement, les politiques actives d’éducation sexuelle en Europe ou dans le cadre de coopérations avec les pays tiers ; ce qui est aussi un aspect très important avec notamment la persistance de certaines maladies comme le sida. Mais c’est une bataille qui rencontre un parlement très divisé, et même si on a essaye, on ne gagne pas toujours.
Sur les questions de cohésion sociale, là aussi la majorité n’est pas de notre côté. Elle inclut certaines secteurs du parti socialiste et opte plutôt pour une approche néolibérale de la construction européenne. Ce qui me préoccupe beaucoup, parce qu’on considère comme des situations inaltérables, des principes qui sont tout à fait idéologiques. Or les choses sont comme ça parce que la majorité est de ce côté-là mais on pourrait les changer si on changeait de majorité.
Je trouve qu’un des plus graves échecs pour nous, Verts, c’est la contradiction actuelle qui est la suivante : plus on parle d’environnement ou de la nécessité de contrôler par exemple le changement climatique, moins on considère que c’est là une victoire des Verts. Tous les groupes politiques, parlent maintenant du changement climatique quand c’est un discours porté par les Verts depuis des décennies mais qui, jusqu’à maintenant, ne rencontrait aucun écho. Maintenant qu’on a des preuves indiscutables, tout le monde reconnaît le changement politique. Mais en même temps, si le sujet trouve sa place dans les discours politiques, les pratiques ne changent pas. Il suffit de voir les politiques mises en place qui sont tout à fait contraire au principe de protection de l’environnement. Ces politiques ne sont pas ambitieuses, on le voit par exemple dans le contrôle des émissions de CO2. C’est un échec. Le problème c’est que les gens croient que les institutions font beaucoup pour la protection de l’environnement, quand en réalité ce n’est pas le cas. Et quand nous les Verts critiquons certaines décisions qui sont présentées comme étant pro-environnement, on nous répond que tout est déjà fait. C’est évident qu’on a un problème de conviction auprès d’autres collègues, d’autres groupes politiques, et de l’opinion publique en général.
Sa vision sur l’Europe des Verts
Quels sont les grands défis au niveau européen dans les années à venir ?
Le futur de l’Europe reste à écrire. L’Europe peut avancer dans plusieurs directions, donc il faut choisir. Le train avance, mais on doit choisir la voie. C’est la corrélation des forces qui va décider vers où l’Europe va avancer. Est-ce qu’elle doit avancer ? C’est évidemment oui. Le doute c’est vers où. J’ai peur que les tendances portent aujourd’hui plutôt un modèle inter-gouvernemental de l’Europe, c’est-à-dire une Europe exclusivement envisagée comme un club où les Etats se réunissent et décident de leurs affaires mais sans chercher l’européanisation de la politique pourtant nécessaire.
Il y a aussi selon moi une tendance assez dangereuse à considérer l’Europe comme un espace exclusivement économique. Si on veut faire un projet européen qui soit crédible, parmi les Européens mais aussi au niveau mondial, il faut mettre au même niveau, voire même plus haut, la dimension sociale et la dimension des droits fondamentaux.
Quelle est ta vision du parti Vert européen ?
Mon parti est relativement nouveau dans la famille des Verts. Mais je crois que le futur du parti au niveau européen passe par les partis nationaux. Travaille avec des collègues et des gens des partis d’autres pays est absolument nécessaire. Tous les problèmes relatifs aux droits, à l’environnement, à la protection des principes communs européens doit se faire au niveau européen.
Le problème qu’on peut rencontrer n’est pas tant au niveau des 15 Etats membres des premiers temps, mais avec les 12 Etats membres qui sont rentrés plus récemment, et c’est pour ça qu’il faut travailler pour inclure ceux qui dans ces pays ont la même sensibilité que nous. En Tchéquie, en Pologne, en Slovénie, en Lettonie, en Lituanie, à Malte… Mais, j’insiste, le futur passe par la consolidation d’un vrai parti vert au niveau européen qui puisse travailler au niveau transversal avec des coordinations, des partis nationaux, en tenant compte aussi que ce qui est décidé au niveau européen vient des partis nationaux. Les partis nationaux doivent fournir des idées, des programmes au parti vert européen, et le parti vert européen doit en même temps renforcer le travail que les partis nationaux font au niveau local, spécialement et notamment dans ces partis où il y a des difficultés concernant la corrélation des forces.
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